Anne Dieu-Le-Veut s’impose comme une figure remarquable et pourtant méconnue de la piraterie aux Caraïbes au XVIIe siècle. Originaire de Bretagne, elle incarne à la fois la rigueur d’une époque dominée par des hommes et la ténacité d’une femme qui sut imposer son nom dans un univers impitoyable. Veuve de deux flibustiers, sa rencontre et son mariage avec Laurent de Graff, célèbre pirate hollandais, marqua une alliance redoutable qui renforça sa stature de capitaine pirate respectée. Imprégnée d’une tradition maritime forte et portée par une personnalité dure et implacable, Anne Dieu-Le-Veut participa activement au commandement et aux combats, défiant ainsi les superstitions selon lesquelles une femme à bord porterait malheur.
Son histoire illustre les relations complexes entre les pirates français, flibustiers et corsaires qui écumaient alors les mers des Antilles. Elle incarne une époque où la piraterie, encore à ses balbutiements en termes de structures et règles, était un terrain d’affrontements violents et d’alliances souvent éphémères. Sa captivité après la prise de Port-de-Paix et sa libération tardive soulignent les aléas d’une vie rythmée par la guerre navale, le pillage et la diplomatie entre puissances coloniales rivales. Sa vie à bord, son engagement sans faille, ainsi que les batailles auxquelles elle prit part reflètent un destin hors normes, révélateur des enjeux maritimes et sociaux issus de cette période.
À travers Anne Dieu-Le-Veut, c’est aussi la place peu commode mais persévérante des femmes dans la piraterie qui est éclairée, sans apologie caricaturale mais avec rigueur historique. Son exploit, dont les traces perdurent dans les archives mais aussi dans les légendes, démontre que la piraterie au XVIIe siècle ne peut être comprise sans reconnaître l’impact de ces figures féminines et la ténacité qu’elles opposèrent aux dangers de la mer.
En résumé, la vie d’Anne Dieu-Le-Veut dévoile la complexité de la piraterie dans les Caraïbes et la liberté que cette activité offrait parfois aux femmes, même dans un contexte d’exclusion sociale sévère.
- Anne Dieu-Le-Veut, pirate bretonne du XVIIe siècle
- Capitaine pirate et épouse de Laurent de Graff
- Participation active aux combats et au commandement
- Captivité à Port-de-Paix et libération en 1698
- Symbole de la place des femmes dans la piraterie des Caraïbes
Origines et premières années d’Anne Dieu-Le-Veut : la déportation et une ascension inattendue en Caraïbes
L’histoire d’Anne Dieu-Le-Veut débute en Bretagne, précisément à Gourin dans le Morbihan, où elle naît en 1661. Les premiers documents la concernant sont peu nombreux, mais ce qui apparaît avec certitude, c’est qu’elle fut déportée sur l’Île de la Tortue, une plaque tournante notoire des activités corsaires et flibustières dans les Caraïbes, située au nord de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti). Son exil semble lié à une condamnation criminelle, un sort commun pour nombre de femmes marginalisées à l’époque. Cette île devint alors son théâtre de vie et de piraterie.
Anne n’était pas seule : l’île accueillait pirates, déserteurs, esclaves, et aventuriers de tout horizon, ce qui en faisait un microcosme de rébellion contre les lois royales et une zone quasi-anarchique où alliances et trahisons rythmaient quotidiennement la vie. C’est dans ce contexte que la future pirate forgea son caractère dur et inébranlable. Peu de femmes osaient s’y aventurer, et encore moins survivre aux violences physiques et psychologiques du milieu. Elle finit par épouser en 1684 Pierre Lelong, un flibustier français et premier commandant du Cap Français. Leur mariage lui ouvrit un accès privilégié à cet univers viril déjà dominé par une rude hiérarchie guerrière.
Le tableau suivant récapitule les informations clés sur les origines d’Anne :
| Date | Événement | Lieu | Contexte |
|---|---|---|---|
| 1661 | Naissance d’Anne Marie à Gourin | Bretagne | Famille modeste |
| Années 1665-1675 | Déportation vers l’Île de la Tortue | Île de la Tortue | Colonies françaises, zone flibustière |
| 1684 | Mariage avec Pierre Lelong | Cap Français | Début dans la piraterie |
| 1688 | Naissance de sa fille Marie-Marguerite | Bretagne | Retour temporaire en métropole |
Anne Marie, connue plus tard sous le nom de Dieu-Le-Veut, commença à endosser le rôle de femme pirate au sein d’une communauté qui, bien que majoritairement masculine, accordait une certaine reconnaissance à son courage et à son autorité. Son parcours incarne parfaitement la perméabilité des frontières sociales dans ces territoires d’outre-mer, où l’ordre était remodelé par la piraterie et des pouvoirs multiples.
- Exil et adaptation à un milieu carcéral et martial
- Entrée dans un réseau flibustier via mariage
- Établissement d’une double vie entre Caraïbes et Bretagne
- Naissance d’une lignée mêlant plusieurs cultures

Une vie de pirate française au XVIIe siècle : batailles notoires et commandement d’un bateau pirate
Au cœur de la piraterie en pleine évolution des Caraïbes, Anne Dieu-Le-Veut se distingue rapidement par son engagement combatif. Contrairement à d’autres femmes pirates comme Anne Bonny ou Mary Read, qui cachaient souvent leur sexe pour s’imposer, Anne porte fièrement ses couleurs en tant que femme, arborant une singularité qui déroutait d’abord les marins superstitieux. On croyait alors qu’une femme à bord était un porte-malheur, mais l’équipage du célèbre pirate Laurent de Graff, auquel elle s’allia, en fit une véritable mascotte porte-bonheur.
L’un des épisodes les plus emblématiques de sa carrière est sa rencontre avec Laurent de Graff, alias Jean-David Nau, pirate hollandais de renom dans la région. Légende veut qu’elle l’ait défié lors d’un affrontement où son audace força le flibustier à renoncer à une lutte injuste. Impressionné et respectueux de son courage, De Graff annula son mariage pour épouser Anne en 1693, consolidant ainsi une alliance puissante.
Avec Laurent de Graff, Anne participa à plusieurs attaques, notamment dans les eaux tourmentées de la Jamaïque et des ports anglais des Caraïbes où la course maritime battait son plein. Leur navire pirate devint une menace sérieuse pour les armateurs britanniques et espagnols, apportant butins et influence aux flibustiers français et hollandais. Anne ne se contentait pas d’être une épouse; elle commandait, organisait, et menait ses hommes dans des combats où elle démontrait sa dureté et sa détermination sans faille.
- Engagement direct dans les batailles navales
- Commandement reconnu à bord
- Alliance matrimoniale avec Laurent de Graff pour renforcer le pouvoir
- Actes de piraterie contre Anglais et Espagnols
| Date | Événement notable | Personnages principaux | Conséquences |
|---|---|---|---|
| 1693 | Rencontre et mariage avec Laurent de Graff | Anne Dieu-Le-Veut, Laurent de Graff | Alliance stratégique |
| 1693-1695 | Escarmouches en Jamaïque | Equipage de De Graff | Renforcement de la réputation pirate |
| 1695 | Prise de Port-de-Paix par les Britanniques | Anne Dieu-Le-Veut et enfants capturés | 3 ans de captivité |
Son rôle dans la vie de l’équipage reflète les règles tacites de la vie à bord des pirates, régies par un mélange de discipline, de partage du butin et d’une certaine rudesse sanctionnant la moindre faiblesse. Anne n’hésitait pas à imposer son autorité, faisant preuve à la fois de dureté et de tactique, qualités indispensables pour survivre dans une piraterie où le moindre faux pas pouvait condamner à une mort violente ou à la déportation.
Captivité et conséquences : Anne Dieu-Le-Veut à Port-de-Paix, un récit de résistance et de libération
La notoriété et les raids d’Anne Dieu-Le-Veut et de son mari eurent tôt fait d’attirer l’attention redoutable de la couronne britannique. En représailles à des attaques répétées sur leurs colonies jamaïcaines, ils lancèrent une opération militaire sur Port-de-Paix en 1695, une ville stratégique de Saint-Domingue fréquemment utilisée comme base par les flibustiers.
La prise de Port-de-Paix par les Britanniques fut brutale et surprit les habitants ainsi que les pirates. Anne et ses enfants furent faits prisonniers et maintenus otages dans ce que les témoins de l’époque décrivent comme une confrontation particulièrement tendue. Cette captivité dura trois longues années, durant lesquelles les négociations diplomatiques entre la France et l’Angleterre aboutirent finalement à la libération de la pirate en 1698. Pourtant, Anne y manifesta une résistance farouche, gagnant la réputation de « captive difficile » face à ses geôliers.
On peut envisager cette période sous trois éclairages :
- Politique : les rivalités coloniales exacerbaient les tensions et faisaient de chacune des prises un enjeu diplomatique majeur.
- Militaire : Port-de-Paix, en tant que base pirate, était une cible prioritaire pour affaiblir les flibustiers.
- Psychologique : la figure d’Anne incarnait la bravoure, la résistance et le refus de la soumission féminine.
| Année | Événement | Durée | Lieu |
|---|---|---|---|
| 1695 | Prise de Port-de-Paix, capture d’Anne et des enfants | 3 ans | Saint-Domingue |
| 1698 | Libération d’Anne par négociations diplomatiques | – | Saint-Domingue |
Cette période de captivité, bien que mal documentée dans les archives, laisse transparaître la ténacité d’Anne à refuser la défaite. Sa libération marque également un moment clé dans les luttes entre puissances coloniales, où la piraterie servait aussi de bras armé à ces affrontements. Malgré la perte temporaire de liberté, la piraterie ne fut pas pour autant abolie dans cette région, et Anne demeura une référence importante auprès de nombreux flibustiers.
Les alliances et légendes entourant Anne Dieu-Le-Veut, une femme pirate qui défia les conventions en mer
Les récits autour d’Anne Dieu-Le-Veut sont autant historiques que légendaires. Son surnom même évoque le refus du destin et une confiance inébranlable en la providence en mer. Sa vie s’inscrit dans la continuité d’une série d’alliances souvent matrimoniales qui scellaient des pactes aussi bien personnels que stratégiques entre pirates. Son mariage avec Laurent de Graff fut l’une des alliances les plus célèbres, unissant force et ruse dans une période de grande turbulence maritime. Leur union donna naissance à deux enfants, renforçant non seulement leurs liens mais aussi leur influence locale.
Anne ne fut pas uniquement une épouse pirate, elle réussit à s’imposer sans masquer sa féminité, défiant la superstition et la peur liées aux femmes à bord des navires. Cette singularité fut un exemple pour d’autres femmes marines qui rêvaient de liberté et de pouvoir sur les flots. La légende de Dieu-Le-Veut contribue à la reconnaissance moderne du rôle des femmes dans l’histoire de la piraterie, souvent éclipsées par les figures masculines plus médiatisées.
- Alliance stratégique avec un pirate hollandais renommé
- Participation active à la piraterie au sein des Caraïbes
- Deux enfants scellant l’union et la descendance
- Réputation de femme farouche et respectée
| Nom | Rôle | Relation avec Anne | Faits marquants |
|---|---|---|---|
| Pierre Lelong | Flibustier français | Premier mari | Décédé lors d’une rixe |
| Joseph Chérel | Pirate français | Second mari | Mort naturelle laissant un orphelin |
| Laurent de Graff | Flibustier hollandais | Troisième mari et partenaire de piraterie | Alliance et mariage en 1693 |
Le parcours d’Anne évoque également un monde où se mêlaient piraterie, diplomatie, et luttes intestines pour le contrôle des routes maritimes. Sa figure demeure un symbole de la bravoure et une illustration vivante du rôle des femmes dans un univers historiquement dominé par des hommes. En 2025, l’étude approfondie de son histoire permet de mieux comprendre l’évolution de la navigation et les rapports de pouvoir au sein des équipages pirates après la période dite classique, en tenant compte des nombreuses superstitions et traditions maritimes, comme celles développées dans le développement des navires pirates.
L’héritage et la renommée d’Anne Dieu-Le-Veut dans la piraterie française et le mythe des Caraïbes
Peu d’archives précises subsistent sur la suite de la vie d’Anne après sa libération, certains suggérant qu’elle et Laurent de Graff se seraient retirés en Louisiane ou dans la vallée du Mississippi. Son décès en 1710 à Cap Français marque la fin d’un chapitre fascinant de la piraterie française. Pourtant, son héritage dépasse de loin ces dernières années de vie.
Anne Dieu-Le-Veut incarne un modèle de résistance et d’exemple de leadership féminin dans l’histoire maritime. Elle défia des normes et intégra pleinement les pratiques de la piraterie – une activité à la fois criminelle et politique dont les implications se prolongent jusqu’à nos jours, à la manière des menaces actuelles liées à la piraterie contemporaine.
En s’appuyant sur sa biographie et ses exploits, on peut dresser plusieurs héritages majeurs :
- La reconnaissance du rôle actif des femmes dans la piraterie
- La remise en cause des superstitions autour de la présence féminine sur un bateau pirate
- Le témoignage vivant des liens transnationaux dans la piraterie des Caraïbes
- L’influence sur la culture populaire et la reconstitution historique des pirates
| Aspects | Impact | Exemple contemporain |
|---|---|---|
| Leadership féminin | Inspirations pour les figures modernes | Participation accrue des femmes dans la marine et la plaisance |
| Mythe pirate | Renouveau des récits historiques | Films, séries, jeux vidéo comme Sea of Thieves |
| Histoire et piraterie | Études approfondies et publications | Musées et documentaires spécialisés |
Dans la continuité de la piraterie classique, l’histoire d’Anne Dieu-Le-Veut éclaire aussi l’importance des réseaux, des hiérarchies et des lois implicites entre pirates, que la société moderne explore notamment à travers des recherches sur le code des pirates ou encore la reconstitution des rituels d’équipages comme le rituel d’accueil à bord.
Qui était Anne Dieu-Le-Veut ?
Anne Dieu-Le-Veut était une capitaine pirate française du XVIIe siècle, originaire de Bretagne, célèbre pour son courage et son rôle actif dans la piraterie des Caraïbes.
Quel navire commandait-elle ?
Elle commandait aux côtés de son mari Laurent de Graff, atteignant une position de commandement reconnue au sein de leur équipage pirate.
Pourquoi Anne Dieu-Le-Veut est-elle capturée ?
Elle fut capturée lors de la prise de Port-de-Paix par les Britanniques en 1695, en représailles aux actes de piraterie commis contre les colonies anglaises.
Quelles sont les principales alliances d’Anne Dieu-Le-Veut ?
Elle fut l’épouse de Pierre Lelong, Joseph Chérel, puis de Laurent de Graff, ce dernier avec qui elle forgea une puissante alliance pirate.
Quel est l’héritage d’Anne Dieu-Le-Veut ?
Elle est reconnue pour son leadership féminin dans une époque dominée par les hommes, son implication directe dans la piraterie et son influence dans la culture populaire autour de la piraterie.
Jonas Élias Barbeck explore depuis plus de vingt ans l’histoire des pirates, des corsaires français et des grandes routes maritimes de l’âge d’or de la piraterie. Passionné de cartes anciennes, il dévoile des récits authentiques sur les pirates légendaires, les batailles navales, les trésors disparus et les mythes maritimes qui ont façonné la piraterie mondiale.

